Depuis quelque temps, une question me trotte dans la tête : Pourquoi voyageons-nous ?
Elle paraît toute simple. Et pourtant, plus j’y pense, plus elle devient difficile à saisir. Nous voyageons pour partir, découvrir, nous reposer, retrouver quelqu’un, nous dépayser, apprendre, nous émerveiller. Nous voyageons parfois pour fuir aussi. Pour rompre avec le quotidien. Pour nous retrouver. Pour pouvoir raconter que nous y étions. Nous voyageons avec nos besoins, nos désirs, nos imaginaires, nos contradictions et nos histoires personnelles. Alors forcément, lorsque j’essaie de répondre à cette question, ma réflexion part dans différentes directions. C’est un peu comme démêler une pelote de laine : je tire un fil, puis un autre apparaît. Et peut-être est-ce justement cela qui m’intéresse.
Et si le voyage commençait à l’intérieur de nous ?
Sur le chemin du retour de l’IFTM, je suis tombé sur un livre d’Éric de Kermel : Pèleriner. Un hasard, peut-être. Mais certaines lectures arrivent au bon moment. J’y ai trouvé de la poésie, de l’humilité, de l’humanité, de l’amour. Une invitation à marcher, bien sûr, mais surtout à ralentir. Et cette idée m’a touché. Parce que lorsque nous ralentissons, quelque chose change dans notre manière de regarder. Nous observons davantage. Un paysage. Une lumière. Un arbre. Un visage. Une conversation avec quelqu’un que nous n’aurions probablement jamais rencontré autrement. Et parfois, dans ce ralentissement, nous commençons aussi à nous écouter. Le voyage ne serait alors plus seulement un déplacement d’un point A vers un point B. Il deviendrait un espace. Un espace entre soi et le monde.
Le voyage d’une vie
En réfléchissant à tout cela, je me rends compte que le voyage dont je parle ne commence pas avec un billet d’avion, une valise ou une destination. C’est celui que je vis depuis ma naissance. Un voyage qui, au fil du temps, des lieux, des rencontres, des joies et des épreuves, m’a fait évoluer. Il a changé certains de mes comportements. Mes choix. Ma manière de regarder le monde et, sans doute aussi, ma manière d’y prendre place.
Avec les années, j’ai appris à prendre de plus en plus de plaisir à interagir avec les femmes et les hommes que je rencontre, mais aussi avec le vivant qui m’entoure. Écouter. Observer. Comprendre un peu mieux. Être surpris. Me laisser déplacer par une rencontre ou par un lieu. Et en même temps, il y a chez moi une contradiction que j’aime beaucoup. Autant j’aime être avec les autres, autant j’adore ma solitude. J’aime les conversations, les grandes tablées, les rencontres inattendues. Mais j’aime aussi être seul. Faire la sieste. Ne rien faire. Glander parfois, tout simplement. Ces moments où il ne se passe apparemment rien sont peut-être justement ceux où il se passe beaucoup de choses à l’intérieur. Je n’ai d’ailleurs jamais vraiment aimé courir. J’ai toujours préféré marcher. Marcher me laisse le temps. Le temps de regarder, d’écouter, de sentir, de laisser venir les pensées. Le temps de m’arrêter aussi, sans avoir l’impression d’interrompre quelque chose. Marcher me laisse le temps de ressentir en profondeur. Et peut-être que ma manière de voyager ressemble de plus en plus à cela. Moins chercher à accumuler ce que j’ai vu ou fait. Davantage essayer d’être présent à ce que je vis.
Partir pour se retrouver ?
Nous vivons dans un monde où tout semble nous inviter à aller plus vite. Produire. Consommer. Répondre. Bouger. Remplir nos agendas. Passer d’une information à l’autre, d’une image à l’autre, parfois même d’une destination à l’autre. Et j’ai parfois l’impression que nous avons développé une forme de peur du vide. Peur de ces espaces où rien n’est prévu. De ces moments où nous n’avons rien à faire, rien à produire, rien à montrer. Comme s’il fallait absolument remplir le temps, être occupé, rester en mouvement. Même en voyage, nous pouvons être tentés de remplir nos journées : voir, visiter, photographier, cocher, repartir. Comme si ne rien faire était du temps perdu. Pourtant, je me demande si ce ne sont pas justement ces espaces de vide qui nous manquent.
Ne rien faire. S’asseoir. Regarder. Marcher sans forcément savoir où l’on va. Laisser son esprit vagabonder. S’ennuyer peut-être. Retrouver un peu de ce temps qui n’a pas besoin d’être utile. Car lorsque nous cessons de remplir chaque instant, quelque chose peut apparaître : une pensée, une émotion, une sensation, une envie. Ou simplement le plaisir d’être là. Alors peut-être voyageons-nous aussi parce que nous ressentons, consciemment ou non, le besoin de créer cette rupture. De retrouver du temps. Du silence. De la lenteur. Le temps de regarder ce qui nous entoure, mais aussi d’aller chercher à l’intérieur de nous-mêmes ce que le bruit et l’agitation du quotidien recouvrent parfois. Nos questions. Nos fragilités. Nos blessures. Nos envies. Et ces petits plaisirs que nous oublions quelquefois : marcher sans objectif, regarder un coucher de soleil, partager un repas, écouter quelqu’un raconter son histoire, sentir une odeur, entendre le vent ou simplement s’émerveiller de ce qui est là.
Voyager pourrait alors être une manière de nous rendre à nouveau disponibles. À nous-mêmes, aux autres et au vivant.
Mais voyageons-nous tous pour cela ?
Évidemment que non. Et c’est là que la question devient passionnante. Certains voyagent pour se reposer. D’autres pour faire la fête. Pour découvrir une culture. Pour retrouver leur famille. Pour pratiquer un sport. Pour apprendre. Pour se dépasser. Pour photographier. Pour rencontrer. Pour travailler. Par necéssité. Certains veulent aller loin. D’autres découvrent qu’ils peuvent voyager à quelques kilomètres de chez eux. Et parfois, nous-mêmes, nous ne voyageons pas pour les mêmes raisons selon les moments de notre vie.
Alors je me demande si, derrière la question « Pourquoi voyageons-nous ? », il n’y en a pas une autre : Qu’allons-nous chercher lorsque nous partons ? Un ailleurs ? Une émotion ? Une rupture ? Une rencontre ? Une histoire à raconter ? Un réconfort ? Ou peut-être une autre manière de regarder notre propre vie ?
Je n’ai pas la réponse
Et finalement, je n’ai pas très envie d’en trouver une seule.
Depuis que j’ai créé Xperientiel, j’ai eu la chance d’écouter des centaines de personnes parler du tourisme, des territoires, de l’hospitalité, du vivant, de leurs engagements et de leur rapport au voyage. Plus j’écoute, moins j’ai envie d’apporter des réponses toutes faites. J’ai davantage envie de poser des questions. Parce qu’une conversation sincère peut changer un regard. Et parfois, donner envie d’agir. Alors celle-ci sera peut-être le début d’un nouveau voyage pour Xperientiel : Pourquoi voyageons-nous ?
J’aimerais maintenant vous passer la parole.
- Quand vous partez, qu’allez-vous vraiment chercher ?
- Qu’est-ce que le voyage provoque en vous ?
- Et surtout : votre manière de voyager a-t-elle changé avec votre propre voyage dans la vie ?
Il n’y a évidemment pas de bonne ou mauvaise réponse. Juste des histoires, des expériences, des contradictions et des sensibilités différentes. Alors racontez-moi.Vos réponses m’intéressent. Certaines pourront peut-être nourrir de prochaines conversations Xperientiel et nous aider, ensemble, à tirer quelques fils de cette grande pelote.